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A l’initiative de l’association « Mon Parnasse », chaque institution culturelle du quartier Montparnasse propose en 2012 un événement en rapport avec l’artiste Yves Klein dans le cadre du 50e anniversaire de sa disparition. En effet, le peintre Yves Klein a travaillé de 1956 à 1958 dans un atelier d’artiste au 9 rue Campagne-Première, Paris 14e, puis de 1958 à 1962 au numéro 14 de la même rue (une plaque y est apposée). C’est dans cet appartement/atelier qu’il expérimente en 1960 ses Anthropométries de l’époque bleue. L’Adresse Musée de La Poste participe à cet événement collectif en consacrant son cabinet des trésors philatéliques à Yves Klein en salle 11 des collections permanentes.

L’artiste :

Yves Klein est né en 1928 à Nice de parents tous deux artistes. De 1948 à 1953, il voyage en Europe et au Japon où il s’initie au judo. Il publie en 1954 un livre sur les Fondements du Judo. S’il peint spontanément depuis son adolescence, c’est en subornant la peinture à d’autres activités. Sa première exposition personnelle a lieu en 1955 à Paris. En 1960, il est cofondateur du groupe des Nouveaux Réalistes dont les travaux se fondent sur l’appropriation directe du réel. Yves Klein meurt d’une crise cardiaque en 1962. Son oeuvre influencera les artistes des générations suivantes tant en Europe qu’aux États-Unis.

L’oeuvre :

En 1956, Yves Klein expose des monochromes et met au point un bleu-outremer profond, l’IKB (International Klein Blue) qui sera sans cesse réutilisé. En 1958, il expose « le Vide », l’immatériel (murs nus, vitres peintes en bleu, galerie Iris Clert à Paris) pour dépasser « la problématique de l’art ». Il commence les séries des Anthropométries et des Suaires et dirige de jeunes femmes nues, qui laissent l’empreinte de leurs corps sur la toile (« le pinceau mais vivant cette fois, revenait, c’était la chair elle-même qui appliquait la couleur au support sous ma direction »).

En 1960, il matérialise les traces des éléments atmosphériques – l’eau, le vent, le feu – et manipule les forces énergétiques de l’univers (Cosmogonies). Il réalise des performances, comme le Saut dans le vide, où il s’élance dans l’air en sautant du haut d’un mur (1960). En 1962, il réalise des portraits de ses amis en plâtre (Portraits-reliefs des membres du Nouveau Réalisme).

1 - Le « timbre bleu » IKB d’Yves Klein, bloc de 8, 1957

« Le bleu n’a pas de dimensions. Il est hors de dimensions, tandis que les autres couleurs elles, en ont. Ce sont des espaces psychologiques. Le rouge, par exemple, présuppose un foyer dégageant de la chaleur. Toutes les couleurs amènent des associations d’idées concrètes, matérielles ou tangibles d’une manière psychologique, tandis que le bleu rappelle tout au plus la mer et le ciel, ce qu’il y a après tout de plus abstrait dans la nature tangible et visible. » Yves Klein, Vers l’immatériel, 1959

En 1957, Yves Klein décide de présenter à la galerie Iris Clert le « bleu immatériel ». L’artiste va utiliser la couleur bleue sur un objet usuel dentelé (le timbre) qui va ainsi lui conférer le statut d’oeuvre d’art. Ce n’est qu’en mai 1960 que la formule chimique du bleu outremer mis au point par l’artiste est déposée à l’Institut national de la propriété industrielle sous le nom d’IKB (International Klein Blue). Les « timbres bleus » serviront de vignettes d’affranchissement des cartons d’invitation à ses expositions dans les galeries Iris Clert et Colette Allendy en 1957, puis de nouveau chez Iris Clert en 1958 et 1959. En avril 1958, Yves Klein s’adressera à lui-même une enveloppe affranchie avec son « timbre bleu ». Ce document se trouve dans la collection Archives Yves Klein.

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Le « timbre bleu » IKB d’Yves Klein
bloc de 8, 1957 (Inv.2011.104.1)


2 - Carton d’invitation pour l’exposition « Monochromes » d’Yves Klein affranchi par un « timbre bleu » IKB, 1957

A l’occasion de la double exposition d’Yves Klein « Propositions monochromes » inaugurée à Paris le 10 mai 1957 dans la galerie Iris Clert et le 14 mai 1957 dans la galerie Colette Allendy, un ami du peintre et critique d’art, Pierre Restany, rédige le carton d’invitation. Le texte est imprimé au verso d’une carte postale de format 10 x 15 cm. « Les propositions monochromes d’Yves Klein fixent aujourd’hui le destin du pigment pur. Cette grande histoire de l’époque bleue sera retracée simultanément sur les cimaises de Colette Allendy et Iris Clert. » Le recto de la carte postale est d’un bleu uni outremer.

Les organisateurs règlent les frais d’affranchissement directement en numéraire à l’administration des Postes pour la totalité des envois. Chaque carton d’invitation est alors affranchi symboliquement par un « timbre bleu » IKB (International Klein Blue) conçu par Yves Klein. Le cachet à date en port payé de « Paris – tri distribution » y figure et, conformément à la réglementation, n’oblitère pas la vignette « timbre bleu ».

Ce carton est adressé à un autre artiste et poète Camille Bryen (1907-1977) demeurant rue du Dragon, Paris 6e. On connaît actuellement une quarantaine de cartes postales ou enveloppes affranchies en 1957, 1958 et 1959 par un « timbre bleu » IKB d’Yves Klein.

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Carton d’invitation pour l’exposition « Monochromes » d’Yves Klein
affranchi par un « timbre bleu »IKB, 1957 recto (Inv.2007.69.1)
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Carton d’invitation pour l’exposition « Monochromes » d’Yves Klein
1957 verso (Inv.2007.69.1)


3 - « Anthropométrie de l’époque bleue », Yves Klein, bon à tirer du timbre-poste, 1989

Le programme philatélique 1989 retient l’oeuvre d’Yves Klein (1928 – 1962) « Anthropométrie de l’époque bleue » dans la série artistique. Cette pièce de 1960 conservée au Musée national d’art moderne – Centre Georges Pompidou représente une oeuvre majeure de l’artiste. Yves Klein s’exprime à travers la collaboration d’amies modèles nues qui s’immergent dans la peinture bleue et impriment leurs corps sur la toile à l’occasion de séances privées ou publiques. Le critique d’art et ami du peintre Pierre Restany les nomment : « les Anthropométries de l’époque bleue ».

La Poste confie à Jean-Paul Véret-Lemarinier le soin de redessiner l’oeuvre et d’effectuer la mise en page pour créer la maquette du timbre. Les premiers essais du timbre-poste en héliogravure ne sont pas satisfaisants. Aussi, pour retrouver « le bleu Klein », l’Imprimerie doit réaliser la clicherie en trois fois : les personnages avec la couleur « bleu », le fonds en trois couleurs et le texte. En référence, elle disposera même d’un échantillon du pigment pur « bleu » utilisé par l’artiste. Mais les encres hélio de l’Imprimerie sont d’un bleu différent. Le timbre sort enfin des presses. En accord avec les héritiers et le Centre Georges Pompidou, le timbre-poste sera émis le 21 janvier 1989 et vendu à 4 410 474 exemplaires. Il sera retiré le 20 octobre 1989 de la vente des bureaux de poste.

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Timbre-poste émis en 1989


4 - « Anthropométrie de l’époque bleue », Yves Klein, poinçon et bon à tirer de l’illustration pour le document philatélique officiel, 1989

Pour accompagner l’émission du timbre-poste « Anthropométrie de l’époque bleue » émise dans la série artistique en 1989, le Musée de La Poste réalise un document philatélique officiel. L’illustration du document est confiée au graveur de timbres Raymond Coatantiec (né en 1933). Il grave un poinçon en taille-douce en combinant un portrait d’Yves Klein et une peinture « Anthropométrie ». Il s’inspire d’un portrait d’Yves Klein photographié en 1960 par Harry Shunk « La terre en lévitation ». En sujet secondaire et par écho au timbre-poste, trois figures d’« Anthropométries » réalisées par les femmes modèles d’Yves Klein transformées en « pinceaux vivants » sont gravées par Coatantiec. L’épreuve du poinçon en noir et bleu est validée le 9 septembre 1988 , puis les presses de l’Imprimerie tirent le document philatélique officiel à 32 000 exemplaires.

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Bon à tirer de l’illustration du document philatélique officiel
(Inv. Yv 2561.2)

Orientations bibliographiques :

« Le timbre bleu d’Yves Klein, 1957 – Une oeuvre d’art particulière », revue Relais, Société des Amis du musée de La Poste, décembre 2007, n° 100, Hors-série, pp. 44-45

Yves Klein, Corps, couleur, immatériel, catalogue de l’exposition, Centre Pompidou, éditions du Centre Pompidou, 2006

Y. Klein, Vers l’immatériel, éditions Dilecta, 2006

D. Riout, Yves Klein, Manifester l’immatériel, éditions Gallimard, 2004

D. Semin, Le peintre et son modèle déposé. Tiré à part, musée d’art moderne et contemporain, Genève, 2001

Site Internet :
www.yveskleinarchives.org

Remerciements à Yves Klein Archives, Mme Rotraut Klein-Moquay, MM. Daniel Moquay et Philippe Siauve