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Yseult YZ Digan, créatrice du nouveau timbre de la République : « La Marianne, c’est nous, c’est le peuple »

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« Pour ce nouveau timbre de la République, ce que j’ai voulu faire passer, c’est que le visage de cette Marianne exprime quelque chose, que cette jeune femme regarde l’avenir, avance, avec détermination, indépendance, liberté… » Yseult YZ Digan.

Emmanuel Macron dévoilait mi-juillet le nouveau timbre de la République.

L’intention de la street artiste Yseult YZ Digan, à qui La Poste a confié la réalisation du timbre, était de faire de cette Marianne une jeune femme engagée.

Elle explique comment elle a mené ce projet.

C’est la première fois que La Poste fait appel à un street artiste pour dessiner le timbre Marianne. Comment avez-vous accueilli cette proposition tout de même un peu officielle ?

« D’abord, je n’ai pas été retenue d’emblée pour exécuter cette commande. Lorsque j’ai été contactée par La Poste, c’était dans le cadre d’une compétition qui mettait en concurrence les créations de plusieurs artistes.

Le fait de travailler pour une institution telle que La Poste ne m’a pas dérangée, j’ai déjà exposé dans des endroits considérés comme assez académiques, le Grand Palais, la Fondation Cartier, l’Institut Français de Prague, la biennale de Moscou…

Et c’est au final l’une des trois propositions que j’ai faite qui a été préférée. Que, dans ce cadre c’est vrai un peu solennel, le choix se soit porté sur le projet, le regard d’une street artiste me semble important, significatif.

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« En souhaitant reproduire cette Marianne en très grand format sur le pignon d’un bâtiment de Périgueux, la ville où sont imprimés les timbres, je voulais ne pas dissocier ce projet de mon travail et de l’engagement que je poursuis à travers lui. » Yseult YZ Digan.

Il y avait un cahier des charges à respecter, une situation assez inhabituelle pour un street artiste…

Il n’était pas si contraignant que cela. Bien sûr, il fallait réaliser une œuvre qui représente les symboles de la République, mais il s’agit plutôt là d’un thème que d’une contrainte.

La particularité de ce travail, ça a davantage été de concevoir une œuvre qui puisse ne pas être trop complexe à reproduire en gravure. Et ce n’était pas si simple.

En terme de cahier des charges, j’ai aussi eu si l’on peut dire mon exigence, celle de reproduire cette Marianne en très grand format sur le pignon d’un bâtiment de Périgueux, la ville où sont imprimés les timbres. L’idée étant de ne pas dissocier ce projet de Marianne de mon travail et de l’engagement que je poursuis à travers lui.

L’association des deux semble réussie, dès sa sortie en juillet dernier, on a évoqué une Marianne « engagée »…

Cette Marianne engagée, c’est la rencontre d’une volonté politique, celle de l’Elysée, et de ce que je produis depuis que je fais du street art. Je pense que l’on m’a sollicitée du fait de mon parcours, des valeurs que je transcris via mon travail. Je crois que cette nouvelle Marianne traduit cette convergence.

Ce que j’ai voulu faire passer, c’est que ce visage exprime quelque chose, que cette jeune femme regarde l’avenir, avance, avec détermination, indépendance, liberté…

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Emmanuel Macron et Yseult YZ Digan lors du dévoilement de la nouvelle Marianne à Périgueux en juillet dernier. (photo Nicolas Tucat/AFP)

Pour cet exercice particulier, vous avez dû travailler différemment de la façon dont vous le faites habituellement ?

Ne m’étant jamais vraiment intéressée aux timbres, je me suis au départ beaucoup documenté, je me suis familiarisé avec le sujet en observant tout ce qui avait été fait auparavant.

Sur le fond, cela a été l’occasion pour moi de redécouvrir cette Marianne, son histoire, l’association de ces deux prénoms, le lien avec la Révolution française.

J’ai eu le sentiment que la Marianne finalement, c’était nous, c’était le peuple, et c’est ce que j’ai essayé de faire passer dans le dessin.

Sinon, au plan technique, j’ai travaillé comme je le fais presque toujours, à l’encre de chine, selon le procédé du lavis, avec une seule couleur, le noir, diluée pour obtenir les intensités souhaitées.

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Elsa Catelin a gravé l’œuvre d’Yseult YZ Digan. (photo Armêl Balogog)

Il a ensuite fallu procéder à l’interprétation gravée de votre dessin…

Avec Elsa Catelin, la graveure, on a beaucoup échangé. Il y a eu pas mal d’allers et retours pour des ajustements.

La première proposition par exemple était pour moi trop féminisante, l’expression du visage apparaissait assez neutre, ça introduisait un peu de distance, de superficialité. Le nez était plutôt droit aussi, je le voulais plus arrondi, je voulais également le regard plus intense encore.

On a discuté de tout ça et on est parvenues à un rendu je crois vraiment satisfaisant. C’était un exercice délicat, mais on y est arrivées. Et puis, deux femmes pour réaliser un timbre, c’était inédit. Une belle première…

Des trois œuvres que vous avez présentées, c’est celle montrant la Marianne de profil qui a été retenue C’était aussi votre choix ?

Oui, c’est un bon choix. Le profil est plus fort, plus marquant. Les cheveux, très présents, très libres, le regard décidé, sûr, tout ça concoure à l’impression de volonté, d’engagement que j’ai voulu mettre en avant.

Au timbre maintenant, objet populaire, support d’échange, de faire partager cette vison… »

Propos recueillis par Rodolphe Pays

Le timbre Marianne est disponible à la boutique du Musée de La Poste, 21 avenue du Maine, Paris 15e. Ouvert de 10 h à 18 h du lundi au vendredi (tél. : 01 53 71 98 49).

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