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VIIIe olympiade, Paris 1924

Milon de Crotone

Athènes s’apprête à accueillir en août les 25es Jeux olympiques de l’ère moderne, les seconds de son histoire après ceux de la rénovation initiée par Pierre de Coubertin(1896). Quatre-vingts ans plus tôt, c’est Paris qui fut l’hôte des 8es Jeux, la capitale française ayant été préférée à cinq autres villes d’Europe ou des Etats-Unis.

Pour la seconde édition française des Jeux (en 1900, les épreuves s’étaient déroulées pendant l’Exposition Universelle, ce qui les avait grandement marginalisés), les autorités veulent donner plus d’éclat à ce grand rendez-vous de la jeunesse sportive mondiale. Du 4 mai au 27 juillet 1924, un peu plus de 3000 athlètes (dont seulement 136 femmes) représentant 44 nations s’efforcèrent de mettre en pratique la devise olympique « Plus vite, plus haut, plus fort », introduite précisément lors de ces Jeux, et ce, dans 17 disciplines sportives.

Pour la première fois, des timbres seront émis, sans surtaxe, ouvrant ainsi l’ère des commémoratifs. La loi du 17 janvier 1924 stipule que ces timbres pourront être vendus du 1er avril au 31 juillet (peu après la clôture des Jeux) et qu’ils seront démonétisés le 30 septembre de la même année. Quatre figurines sont imprimées en typographie à plat, en deux couleurs, auxquelles il convient d’ajouter un entier (carte postale) à 30 c noir et rouge, au même type que le timbre adhésif correspondant. Il s’agit du premier entier postal avec un timbre commémoratif (carte postale préaffranchie). Ce timbre à 30 c’est prévu pour la carte postale à l’étranger. Mais le nouveau tarif postal du 1er avril 1924 augmente le port à 45 c. En conséquence, le timbre Milon de Crotone ne peut être utilisé qu’avec un complément d’affranchissement.

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VIIIe olympiade, Paris 1924
Milon de Crotone Timbre-poste (Yv n° 185)
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VIIIe olympiade, Paris 1924
Milon de Crotone Maquette du timbre-poste Dessin d’Edmond Becker (Inv.2422, Réf n° Yv 185)

Si les timbres-poste à 10 c, 25 c et 50 c sont des compositions spécifiques, celui à 30 c, dessiné par Edmond Becker et gravé par G.Daussy, représente une sculpture clairement identifiée. Il s’agit d’une statue de Milon de Crotone, célèbre lutteur de l’Antiquité grecque.

Le Musée du Louvre possède trois oeuvres référencées sous cet intitulé :

–  Pierre Puget (1652-1679)
–  Edme Dumont (1754)
–  Etienne-Maurice Falconet (1772)

toutes trois se trouvant au rez-de-chaussée de l’Aile Richelieu (Petite galerie de l’Académie).

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Série de la VIII ème olympiade, Paris 1924
Athlète de profil prêtant serment Femme tenant une victoire Milon de Crotone Athlète de face prêtant serment Epreuve de luxe collective ( cote Yv 185)

Intérêt de la pièce :

Edmond Becker a choisi la seconde oeuvre pour illustrer le timbre-poste et l’entier postal : c’était pour Edme Dumont, nettement moins connu que Pierre Puget, son morceau de réception à l’Académie des Beaux-Arts. Le dessinateur du timbre, Edmond Becker de la société des artistes français est également sculpteur. Il réalise des objets d’art, des pièces d’orfèvrerie et même une épée. Il reçoit une médaille d’argent à l’Exposition Universelle de 1900 dans la section orfèvrerie. Il sera professeur de sculpture sur bois à l’école Boulle de 1912 à 1914.

Le 23 mai 1924, le timbre-poste Milon de Crotone est émis. Tout de suite les critiques fusent. Le Figaro relève une faute de français : le mot olympiade est la période de quatre ans séparant deux célébrations successives de Jeux olympiques, il est donc ici employé à contre-sens. Les premiers Jeux olympiques débutent à Athènes en 1896. Or entre cette date et 1924, il s’est déroulé seulement sept olympiades. La légende du timbre aurait dû être : « VIIe Jeux olympiques » ou « Jeux olympiques de 1924 ».

La presse philatélique de l’époque sera également très sévère à l’égard du choix des maquettes de cette série et critiquera même l’exécution des dessins. L’Echo de la Timbrologie de 1924 commente : « Le 30 c représente un athlète nu exerçant sa force sur un tronc d’arbre ; elle est un peu moins laide que la seconde valeur à 50 c sur laquelle on voit un grand jeune homme, vêtu d’un caleçon de sport et d’une couronne de lauriers, levant en manière de salut, un bras atrophié. Décidément, cette série n’est pas heureuse avec les bras. Celui du 10 c était trop grand, celui-ci est trop petit . Les deux sont affreux ». Il semble que les philatélistes ne soient pas des connaisseurs de la mythologie grecque.

Le dessinateur - sculpteur Edmond Becker voulait montrer la force de l’oeuvre de Puget. Pour comprendre l’oeuvre de Puget, il faut rappeler l’histoire de l’athlète grec. Né à Crotone, cité grecque du sud de l’Italie, Milon est couronné une première fois à Olympie, dans l’épreuve de la lutte (une des plus anciennes des concours antiques), en 540 av. J-C, alors qu’il n’est encore qu’un adolescent. Il ajoutera à son brillant palmarès 13 autres titres aux Jeux olympiques ou au Jeux pythiques (ces derniers se déroulaient à Delphes tous les quatre ans selon le même principe). Milon ne connaît sa première défaite qu’en 512, à l’âge très respectable de 45 ans. Loin d’évoquer l’athlète victorieux, Edme Dumont, comme Pierre Puget ou Etienne-Maurice Falconet, a préféré saisir dans le marbre les derniers instants de la vie de Milon, tels que nous les a racontés l’érudit latin du 1er siècle ap. J-C Aulu-Gelle dans ses Nuits attiques : « Le fameux athlète Milon de Crotone a connu une fin de vie à la fois pitoyable et surprenante. Il était âgé, puisqu’il avait pris sa retraite ; il était en voyage et, par hasard, il était seul. Au bord de la route, il aperçut un chêne, largement fendu en son milieu. Je pense qu’il a voulu, à cette occasion, tester les forces qui lui restaient. Il a glissé les doigts dans les creux de l’arbre pour tenter de l’écarteler. Et de fait il l’ouvrit en son milieu et l’écartela. Il a, alors, relâché la pression de ses mains et le chêne, déjà fendu en deux, a repris sa forme primitive et coincé dans son tronc refermé les mains de Milon, faisant de notre homme la proie des fauves ». Aulu-Gelle, Nuits attiques, XV, 16.

Si aucun animal sauvage ne fait partie du groupe sculpté par Edme Dumont, il en va tout autrement de celui de Pierre Puget qui montre un lion attaquant l’infortuné Milon en proie à une souffrance criante. Le timbre de 1961, dessiné et gravé par Charles Mazelin pour la série des personnages célèbres, apporte un autre éclairage à la triste fin d’un multiple vainqueur aux Jeux d’Olympie.

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VIIIe olympiade, Paris 1924
Milon de Crotone Bon à tirer du timbre-poste du 8 avril 1924
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Pierre Puget, 1961
Dessin et gravure Charles Mazelin Essai de couleur et bon à tirer pour l’imprimerie Du 28 avril 1961 (détail de la feuillle de 50 timbres) Ses oeuvres dont Milon de Crotone (Réf n° Yv 1296)

Bibliographie :

F.Brun, « Les Jeux olympiques de 1924 », livret de l’expert, Supplément au catalogue de France, éd. Yvert et Tellier, tome 1, 2001

JP. Mangin, Guide mondial des timbres erronés, éd. Yvert et Tellier, tome 1, 1999

JF. Brun (dir). Le Patrimoine du timbre-poste français, éditions Flohic, 1998

Annales des PTT, 1924, pp.1262 – 1265

Echo de la Timbrologie, avril 1924

Sources consultables sur rendez-vous à la bibliothèque de L’Adresse Musée de La Poste.

Sites Internet :

Comité international olympique :
www.olympic.org

L’encyclopédie des arts et de l’architecture :
www.insecula.com

Association française des collectionneurs olympiques et sportifs :
www.afcos.org

Remerciements à Didier Laporte