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Une fresque de Jace devant le Musée de La Poste : « J’ai voulu de la couleur, quelque chose de léger, de l’humour, sans prétention… »

La palissade du chantier de rénovation du Musée de La Poste continue d’accueillir les travaux de street artistes de renom.

Toujours selon le même principe : tous les deux ou trois mois, une nouvelle œuvre vient remplacer la précédente.

Après celles de Katre, SP 38, Lenz et Kashink, c’est une fresque de Jace que les passants du boulevard de Vaugirard peuvent voir actuellement.

Entretien avec l’artiste.

La fresque du musée

« Je vis et je travaille à La Réunion depuis très longtemps. Mais je suis toujours en lien avec la métropole. Pour mon activité, mes contacts… et aussi et surtout affectivement.

C’est un peu cette situation que j’ai voulu dépeindre avec cette fresque sur la palissade du Musée de La Poste : l’île où j’habite, Paris et la France, et entre les deux Madagascar et toute l’Afrique.

Quand on est un lointain insulaire, le courrier est d’autant plus important. On va souvent à La Poste pour des envois, des échanges avec la famille, des amis…

Mes « gouzous », mes personnages fétiches, se sont ainsi mués en postiers, aidés pour traverser les mers d’animaux africains, éléphant, chameau…

J’ai voulu de la couleur, quelque chose de léger, de l’humour, sans prétention, sans engagement…

La préparation

Mes idées, je les consigne souvent sur des carnets. Selon les lieux, les circonstances, elles peuvent s’y prêter, et alors je les reprends.

Pour ce travail sur la palissade du musée, je n’avais bien sûr rien anticipé, mais j’ai tout de même réalisé au préalable un croquis. Et comme j’avais choisi d’utiliser des bombes, j’ai aussi préparé toutes mes couleurs en amont.

Le contact avec les passants

C’était vraiment très sympa, je me suis éclaté à faire cette fresque. Et puis, c’était bien d’être en contact avec le public, dans notre activité, ce n’est pas toujours le cas, pas toujours possible.

J’ai eu l’occasion de parler avec beaucoup de gens, bien sûr il y a eu quelques ronchons, mais le plus souvent ils étaient contents, satisfaits de voir de la gaieté, de la couleur dans la rue. Le fait que ça reste en place quatre mois, c’est jouissif, nos travaux urbains ne demeurent pas toujours visibles aussi longtemps.

L’engagement

Pour la palissade du musée, je n’ai pas voulu passer de message. Ca ne veut pas dire que je n’en délivre pas, ce n’est pas aussi tranché.

Quand je m’engage, j’essaie toujours de le faire avec de l’humour, qui permet de dire beaucoup de choses. Mais ce n’est pas pour moi un leitmotiv.

La formation

Je suis arrivé à La Réunion, j’avais neuf ans. Jeune, je me suis intéressé au hip-hop, au graffiti new-yorkais.

Par la suite, je n’ai pas fait d’école d’art – j’ai suivi un cursus plus scientifique -, mais j’ai appris dans les livres, les magazines.

Si aux Etats-Unis comme en Europe, des tas de gens m’ont inspiré, le fait d’être éloigné des grands centres créatifs a finalement été un bien pour moi. Je me suis assez vite éloigné du lettrage et j’ai pu forger ma propre expression, mon propre graphisme, indépendamment de ceux des autres.

Actualité

En ce moment, je prépare un événement pour les 25 ans de mon personnage, le « gouzou ».

Ce sera l’occasion de faire une grande rétrospective à La Réunion. Et toujours chez moi là-bas, après celle ouverte l’an dernier, où j’expose mon travail, je prépare en ce moment la création d’une nouvelle galerie.

Il s’agira cette fois de présenter les œuvres d’autres artistes. C’est un projet qui me tient à cœur, il verra le jour dans les mois qui viennent.

Projets

Jusqu’à présent, je n’avais publié – tous les deux ou trois ans – que des ouvrages illustrés de photos de mes œuvres.

Cette fois, en fin d’année, devrait sortir chez « Alternatives » un bouquin qui explique ma démarche, avec des photos, des textes, des éléments de fond sur ce que je fais.

Et puis il y aura peut-être un projet de film d’animation avec mes personnages. Je n’ai encore jamais fait ça. Mais ça me branche plus que de réaliser des bandes dessinées, qui demande beaucoup de temps, et je n’ai pas la patience, j’aime travailler vite…

Voyages, présence dans le monde

J’ai toujours beaucoup voyagé. Initialement, c’était une démarche personnelle. Pour moi, mon travail. Depuis 7 ou 8 ans, c’est un peu différent. Je me déplace désormais beaucoup suite à des commandes.

Plus des trois-quarts de mes voyages se font aujourd’hui dans le cadre de demandes émanant de l’Alliance Française, de galeries, d’associations, de festivals…

Mais c’est toujours le même plaisir, celui de la découverte, de l’échange, de la créativité… »

Propos recueillis par Rodolphe Pays

Photos Thierry Debonnaire

La fresque de Jace est visible sur la palissade du chantier de rénovation du Musée de La Poste jusqu’au 12 juin.

En savoir plus sur Jace et ses « gouzous »

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