Afficher le menu Masquer le menu

Pour Wenc, créateur de la nouvelle fresque peinte devant le Musée de La Poste, « Cette jungle, c’est une transcription des univers urbains »

Une fresque du street artiste Wenc recouvre depuis quelques jours la palissade du chantier de rénovation du Musée de La Poste.

Elle y restera tout l’automne.

Wenc évoque ici l’œuvre qu’il vient de réaliser, son parcours artistique, sa manière de travailler… Interview.

Le contact avec le musée

« Je ne connaissais pas le Musée de La Poste, je n’avais jamais eu aucun lien avec lui, je ne savais pas non plus que s’y était tenue il y a quelques années une grosse exposition réunissant les œuvres d’une douzaine de street artistes, la plupart très réputés.

Alors, j’ai été un peu étonné quand Josette Rasle, la commissaire d’exposition, m’a appelé pour me proposer de réaliser une fresque sur la palissade dressée devant le musée pendant les travaux de rénovation qui s’y déroulent.

Ce que j’ai apprécié, c’est qu’elle a fait appel à moi après avoir vu des murs que j’avais peints à Lyon, ma ville d’origine. Le contact n’est pas venu après des recherches sur internet ou via des relations communes, c’est parti de mon travail, dont elle avait apprécié l’esprit, les couleurs, dont elle pensait qu’ils se marieraient bien aussi à la période, à l’automne.

JPEG - 13.4 ko
Wenc : « J’avais une liberté totale, pas de contrainte, juste la simple indication de faire quelque part comme un clin d’œil à l’univers de La Poste. »

Le projet

Il n’a pas fallu traîner, j’ai été contacté tout début septembre pour un projet qui devait être exécuté avant la fin du mois.

En fait, j’ai pensé que je pouvais travailler dans la lignée d’une série que je fais en ce moment – elle est notamment visible à Lyon – et qui s’appelle Devantures. Cette palissade, de près de 20 mètres de long sur trois de haut, correspond à la vitrine qui va se trouver au rez-de-chaussée du musée, j’ai trouvé que ça collait bien, et je suis parti sur cette idée.

Bien sûr, j’avais une totale liberté, pas de contrainte, juste la simple indication de faire quelque part comme un clin d’œil à l’univers de La Poste.

JPEG - 14.8 ko
« C’est comme une large vitrine, une sorte de trompe-l’œil à l’échelle 1, avec quelques personnages – aux visages à l’identique de ce que je fais toujours, simplement suggérés – qui apparaissent, qui surnagent presque au milieu d’une végétation dense. »

La fresque

C’est comme une large vitrine, une sorte de trompe-l’œil à l’échelle 1, avec quelques personnages – aux visages à l’identique de ce que je fais toujours, simplement suggérés – qui apparaissent, qui surnagent presque au milieu d’une végétation dense.

Cette jungle, c’est une transcription des univers urbains, ça évoque ce que l’on peut y ressentir. Je n’indique pas les sentiments qui peuvent être ceux conçus dans ce contexte, à celui qui regarde la fresque d’y mettre les pensées, les interrogations que cela lui inspire.

Les échanges avec les passants

J’ai été surpris par l’intérêt que la réalisation de ce mur a suscité auprès des gens qui passaient au pied de mon escabeau. C’est remarquable – et c’était très agréable – la quantité de personnes qui s’est arrêtée pour me voir travailler, pour discuter.

Et ce d’autant que le passage auprès de la palissade est plutôt étroit, ce n’était pas toujours pratique d’échanger sans déranger les autres passants.

JPEG - 15.1 ko
« J’ai été surpris par l’intérêt que la réalisation de ce mur a suscité auprès des gens qui passaient au pied de mon escabeau. C’est remarquable – et c’était très agréable – la quantité de personnes qui s’est arrêtée pour me voir travailler, pour discuter. »

A plusieurs reprises, on m’a demandé des précisions, des explications sur ce que j’étais en train de faire, sur ce que signifiait l’œuvre. Il y a eu aussi pas mal de prises de contact, peut-être le départ de futurs projets…

Le dessin, la peinture, c’est venu comment…

J’ai toujours été fasciné parce que je voyais. Vers 12/13 ans, je me suis mis à copier des œuvres, à les décomposer, à les démonter d’une certaine manière, c’étaient aussi bien des tableaux de Hopper que de Monet.

L’idée, c’était d’apprendre, de comprendre, de capter, de capturer les intentions, les techniques, les couleurs, leurs associations. Plus tard, j’ai fait beaucoup de peintures, des croquis d’observation aussi. Est venue ensuite la conscience d’un environnement bâti.

L’association des deux m’a amené à la fois à l’architecture – je viens tout juste de terminer un mastère d’archi – et au street art.

Architecture et street art

J’ai pendant un temps compartimenté mon intérêt pour l’architecture et la peinture, je traitais les deux séparément.

Ce n’est plus le cas aujourd’hui, l’architecture sert la peinture, l’art… et l’art – à travers la peinture murale et les formes qu’elle peut prendre – s’associe à l’architecture. J’ai d’ailleurs fait mon mémoire d’architecture sur ce thème, sur cette proximité, cette relation.

L’inspiration, la manière de travailler

Avant tout je n’aime pas la hâte. Même si je veux créer dans un endroit qui n’est pas autorisé – ce que je fais toujours volontiers -, j’aime d’abord le connaître, le repérer, m’en imprégner.

Je passe ainsi du temps à déambuler, au hasard, j’aime bien me perdre dans les villes, voir, observer… et trouver les lieux où je pourrais réaliser une fresque. C’est une des raisons pour lesquelles je vais maintenant m’installer à Bruxelles, que je connais bien pour y avoir séjourné déjà assez longuement, c’est une ville qui se prête à ces errances, qui offre de multiples possibilités graphiques.

Et c’est aussi un creuset, comme à Lyon, on échange avec d’autres artistes, on bosse ensemble, on apprend les uns des autres.

Et puis, je me considère plus comme un artisan que comme un artiste, en fait je fais des chantiers, avec des outils, de la transformation, comme un artisan… »

Propos recueillis par Rodolphe Pays

(photos Thierry Debonnaire/Rodolphe Pays)

En savoir plus sur Wenc

Recevez les billets du blog par courriel :