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La série « le coin des collectionneurs » née en 2006, s’enrichit en juin 2010 d’un blocfeuillet de six timbres-poste dessiné et gravé par Yves Beaujard, illustrant des moulins français. Cette nouvelle émission est l’occasion de mettre en lumière dans le cabinet des trésors du troisième trimestre 2010, quatre pièces philatéliques sur le thème des moulins à vent.

Elément architectural et technique du paysage français depuis plus d’un millénaire, ces « humbles » monuments sont le témoignage des premières victoires techniques de l’homme sur son environnement naturel. Le moulin à vent est une installation destinée à produire de l’énergie mécanique à partir du vent. Il est l’ancêtre de l’éolienne et, à ce titre, est précurseur en matière d’écologie. Il a pour fonction de moudre les grains de céréales en farine ou de produire de l’huile. Moulin à farine, moulin à huile, ou à cidre, son image figure sur de nombreux timbres-poste français.

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Les moulins
Dessin et gravure Yves Beaujard (n° Yv 4485/4490) Impression taille-douce et offset


1 - Maquette du timbre-poste Le Moulin d’Alphonse Daudet – Fontvieille, dessinée par Jules Piel, 1936

En juin 1935, un timbre-poste est demandé par le Sous-Préfet d’Arles Jean des Valhières Dalou, en vue des grandes fêtes provençales organisées à Fontvieille pour l’inauguration du moulin et du musée Alphonse Daudet. Cependant le timbre n’est émis qu’un an plus tard, le 27 avril 1936, pour commémorer le 70e anniversaire de la publication des Lettres de mon moulin d’Alphonse Daudet. La maquette du timbre, dessinée par Jules Piel (1882-1978) représente le plus célèbre des quatre moulins de Fontvieille, le moulin Daudet, appelé aussi le moulin Saint-Pierre ou moulin Ribet (du nom de son propriétaire). Situé au sommet d’une colline, sur la commune de Fontvieille, entre Arles et les Baux de Provence, au coeur des Alpilles, le moulin d’Alphonse Daudet fut construit en 1814 et fut l’un des derniers moulins à vent à avoir cessé de tourner en 1915.

Contrairement à la légende locale, Alphonse Daudet (1840-1897) ne l’a jamais habité, il fréquenta la région vers 1865 et écrivit ses fameuses Lettres dans celui-ci. Ce moulin à farine (Moulin-tour) d’où sa forme, servait à broyer les grains. Comme le montre la maquette du timbre, il est constitué d’une tour rigide en pierre surmontée d’un toit conique qui supporte des ailes fixées à un axe horizontal. Sur cette même colline, à l’arrière plan, figurent trois autres moulins. En effet, le moulin d’Alphonse Daudet fait partie d’un ensemble de quatre moulins à vent avec le moulin Sourdon, le moulin Ramet et le moulin Tissot. Ce bâtiment et les trois moulins avoisinants ont été classés « Monuments Historiques » en 1931. En 1935, la Société des Amis de Daudet, décide de remettre en état le moulin et de créer un musée consacré à l’écrivain provençal. Jules Piel gravera en taille-douce le poinçon du timbre-poste.

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Maquette du timbre-poste Le Moulin d’Alphonse Daudet
Fontvieille, dessinée par Jules Piel, 1936 (Inv. 2455)


2 - Projet du timbre-poste Bataille de Valmy, 20 septembre 1792, dessiné par Albert Decaris, 1971

Malgré les critiques du ministre des PTT, Robert Galley, la série « Histoire de France » déjà programmée se poursuit en 1971, avec trois timbres évoquant la révolution française de 1789 à 1792. Ces timbres évoquent respectivement l’ouverture des Etats Généraux, le 5 mai 1789 ; la Prise de la Bastille, le 14 juillet 1789 et la bataille de Valmy, le 20 septembre 1792. Le document présenté est l’un des trois projets réalisés par Albert Decaris (1901-1988) en vue de l’émission du timbre. Ce projet représente la célèbre bataille de Valmy qui eut lieu le 20 septembre 1792, dans la Marne, où l’armée française commandée par les généraux Charles Dumouriez (1739-1823) et François Kellerman (1735-1820) repousse les troupes prussiennes. Albert Decaris représente l’affrontement de la cavalerie des deux armées et de leurs fantassins.

La présence du moulin à vent dominant la scène, permet de situer plus facilement le lieu de cette bataille. Le moulin de Valmy du XVIIe (en bois sur pivot) symbolise en effet, la victoire de l’armée française sur les prussiens. Il fut brûlé le soir même de la bataille sur l’ordre du général Kellerman, car il offrait une cible idéale aux ennemis. Ainsi, les guerres contribuèrent à la disparition progressive des moulins. De nombreux moulins à vent furent rasés, soit au cours des batailles elles-même, soit pour éviter qu’ils ne servent de poste d’observation ou de point de repère pour les tirs d’artillerie. Le timbre-poste dessiné et gravé en taille-douce par Albert Decaris sera mis en vente anticipée le 18 septembre 1971, à Valmy.

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Projet du timbre-poste Bataille de Valmy, 20 septembre 1792
dessiné par Albert Decaris, 1971(Inv. 17992)


3 - Bon à tirer, essai de couleurs du timbre-poste Moulin de Steenvoorde, dessiné et gravé par Eugène Lacaque, 1979

En novembre 1977, J.P. Bataille, conseiller général du Nord demande l’émission d’un timbre-poste représentant un moulin de Flandre, en particulier celui de Steenvoorde. L’Administration des Postes accepte la demande en 1979 et confie la réalisation du dessin et de la gravure du timbre à Eugène Lacaque (1914-2005), d’après une oeuvre de Pierre Spas. Steenvoorde est un chef-lieu de canton de l’arrondissement de Dunkerque, dans le nord qui fut la terre d’élection des moulins. Au début du XIXe siècle, le village de Steenvoorde possédait quatre moulins à farine et un à huile. Celui représenté sur le timbre est le moulin de Noordmeulen, moulin à farine, à deux étages, dont le corps est construit totalement en bois et qui s’oriente selon le vent. La cage en bois repose et tourne sur le pivot, d’où le nom de moulin sur pivot appelé aussi « chandelier ». Ce moulin, typiquement flamand datant de 1576, a fonctionné jusqu’en 1953. La commune l’a acheté en 1975 alors qu’il était menacé de destruction.

Ce bon à tirer, essai de couleurs, signé par le chef du bureau de conception des timbresposte, est daté du 17 mars 1979. Il est réalisé sur une presse taille-douce trois couleurs n° 17, sur une feuille non dentelée de 50 timbres. Il permet au décideur de choisir les couleurs définitives du timbre-poste avant le tirage. Le timbre-poste sera émis le 14 mai 1979, dans la série touristique d’usage courant. Il sert à l’affranchissement de la lettre simple dans le régime intérieur.

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Bon à tirer, essai de couleurs du timbre-poste Moulin de Steenvoorde
dessiné et gravé par Eugène Lacaque, 1979 (Inv. 2010.0.492)


4 - Bon à tremper du timbre-poste Le meunier, Santons de Provence, dessiné et gravé par Marie-Noëlle Goffin, 1995

Emis le 27 novembre 1995, le timbre-poste Le meunier, Santons de Provence dessiné et gravé en taille-douce par Marie-Noëlle Goffin (née en 1935), fait parti d’un des six timbres-poste de la série « personnages célèbres ». C’est la première fois que cette série est consacrée à des objets, « les Santons de Provence ».

Le bon à tremper du timbre est une épreuve imprimée sur presse ORMAG et sert à contrôler la gravure du poinçon avant son durcissement (cémentation) dans le cadre de son transfert sur la molette, puis ensuite sur le cylindre d’impression. Le timbre montre un meunier juché sur son âne (animal sacré de la crèche) portant un sac de farine sur son épaule et un autre sur son genou droit. Il s’éloigne du moulin (dont la silhouette apparaît à l’arrière plan du timbre) pour vendre sa farine. Il serait dommage d’évoquer l’iconographie des moulins, sans parler du rôle du meunier, qui a en charge la fabrication de la farine nécessaire à la fabrication du pain. Comme celui-ci est l’aliment de base de la société d’autrefois, le moulin et le meunier sont donc indissociables. Marie-Noëlle Goffin a reçu le Grand Prix de l’Art philatélique français de 1995 pour cette série de timbres. Les réservataires de La Poste ont également élu cette série « Timbre de l’année ».

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Bon à tremper du timbre-poste Le meunier, Santons de Provence
dessiné et gravé par Marie-Noëlle Goffin, 1995 (Inv.2002.116.6)


Orientations bibliographiques :

D. Charpentier, « Des timbres, des moulins, des meuniers et autres usiniers », Le Monde des Moulins, n° 27, janvier 2009, pp. 15-16.

R. Corbeau, « Meules et Moulins », Le Monde des philatélistes, n° 420, juin 1988, pp. 24-27.

JF. Brun (dir.), Le Patrimoine du timbre-poste français, Charenton, Flohic éditions, 1998