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Le service des rebuts : étiquette et enveloppe de réexpédition

Depuis le développement du courrier au XVIIIe siècle, l’administration des postes s’est heurtée au problème des plis non distribuables, sans destinataire, sans adresse complète ou encore refusés car taxés, qui finissaient aux rebuts. Les premières instructions, en instaurant un service de garde, ont permis de gérer partiellement ces courriers en rebut.

L’augmentation du volume de plis rebutés a cependant entraîné la nécessité d’une gestion plus rigoureuse de ces objets postaux et la mise en place effective d’un « service des rebuts ». Installé dans la première moitié du XVIIIe siècle à l’hôtel des Postes de Paris, ce service, mal connu à ses débuts, a géré le classement (Instruction générale de 1808), l’ouverture des courriers rebutés (1819) voire la destruction des courriers en rebut. La mise en place de la réexpédition des correspondances se fait systématiquement à partir de l’Instruction générale de 1833 et la création des enveloppes de réexpédition, les premiers modèles étant recensés dès 1831. Le service connaît des aménagements (Instructions générales de 1856 et de 1868) et une décentralisation progressive. La gestion des rebuts connaît un premier transfert sur les directions départementales des postes (1914-1926), puis vers les recettes principales (1926-1936). Le retour sur Paris RP se fait avant le second conflit mondial, celui-ci bouleversant provisoirement le service entre zone occupée (gérée par Paris) et zone libre (gérée par les directions départementales).

À la fin de la guerre, le dépôt central des rebuts de Paris RP centralise les courriers rebutés avant sa dernière décentralisation en 1967 sur Libourne. Le 20 mars 1967, est en effet installé en Gironde le Centre des Recherches du Courrier (CRC), désormais seul centre national de traitement des rebuts de La Poste. Le CRC a trois missions : les recherches (d’un destinataire), la conservation (classement et garde) et la liquidation (par destruction, vente ou don) des objets rebutés. L’ultime transformation n’est que nominative, le centre devenant le Service Client Courrier (SCC) en juin 1994.

1 - Étiquette de réexpédition d’une lettre rebutée à Paris, 1782

La première instruction sur le traitement des lettres non distribuables n’est connue qu’en 1738, et ne renseigne que partiellement sur la gestion de ces plis particuliers. L’ordonnance du 14 novembre 1745 décide que les courriers rebutés sont désormais rassemblés au bureau général de Paris, ouverts et détruits sur décision royale. C’est une instruction du 20 décembre 1748 qui ordonne leur retour sur le bureau d’origine pour recherche ; ils seront revêtus d’une marque « inconnue », recevront un numéro d’enregistrement à Paris et une étiquette sur laquelle est inscrite la taxe initiale. Le type d’étiquette utilisé vers 1780 comporte deux alinéas d’instruction pour le directeur du bureau ; la marque « inconnue » disparaît. L’intitulé de l’étiquette exposée, « département de Languedoc », correspond au découpage administratif du réseau postal sous la Ferme générale des Postes. Une délibération du 18 germinal an VIII (8 avril 1800) modifiera le système.

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Étiquette de réexpédition d’une lettre rebutée à Paris, 1782
(Ancienne Collection Chamboissier, Inv. MP AR 951.2, carton 20)

2 - Enveloppe de réexpédition des rebuts N°825 C.B. Paris, 1837

Durant les XVIIIe et XIXe siècles, les arrêts et les Instructions générales des Postes précisent la réglementation quant à la gestion des rebuts. Le souci premier de l’administrateur est de gérer les correspondances rebutées et, dans le meilleur des cas, de retrouver le destinataire. Le plus souvent, le pli en question est retourné à son expéditeur. En 1833, Les articles 662 à 715 de l’Instruction générale installent sept classes différentes de lettres rebutées : lettre refusée par le destinataire, lettre dont le destinataire est parti sans laisser d’adresse, lettre dont le destinataire est inconnu, lettre en poste restante et non réclamée, lettre adressée à un particulier décédé, lettre avec un défaut d’affranchissement ou lettre avec un vice d’adresse. La grande innovation des années 1830 est l’utilisation progressive par le service des rebuts de l’hôtel des Postes de Paris de l’enveloppe de réexpédition qui justifie le retour du pli en question.

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Enveloppe de réexpédition des rebuts
N°825 C.B. Paris, 1837 (Ancienne Collection Chamboissier, Inv. MP AR 951.2, carton 20)

3 - Lettre de réexpédition, Centre des Recherches du Courrier, 1967

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, la centralisation des rebuts est organisée au Dépôt Central des Rebuts de Paris, pour les rebuts « intérieur » et les rebuts « étranger ». En 1954, l’administration officialise définitivement la centralisation des rebuts à la recette principale de Paris-Louvre ; mention en est faite sur les enveloppes de réexpédition de « Lettre tombée en rebut et ouverte conformément à la loi ». Le 20 mars 1967, le Dépôt Central des Rebuts de Paris est transféré à Libourne (Gironde), devenant un centre autonome sous le nom de Centre des Recherches du Courrier (CRC). Chargé de centraliser tous les plis rebutés à l’exception des plis militaires et des pneumatiques, le Centre traite plus de cinq millions d’objets dès sa première année d’activité. En 1967, les premières enveloppes de réexpédition du CRC de Libourne portent encore la mention - rayée - de Paris RP.

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Lettre de réexpédition
Centre des Recherches du Courrier, 1967 (Coll. LA)

4 - Carte du Père Noël, 1962, et enveloppe du Père Noël, 1986

En 1962, Jacques Marette, ministre des Postes & Télécommunications, décide que ses services se doivent de répondre aux lettres des enfants à destination du Père Noël, lettres qui étaient habituellement versées au Dépôt Central des Rebuts de Paris. La psychanalyste Françoise Dolto, soeur du ministre, est chargée de rédiger la première carte-réponse, illustrée par Chag, que le service des rebuts enverra en retour de tout courrier identifiable destiné au Père Noël. Dès cette date, la pratique s’installe et évolue, toujours gérée par le service des rebuts, devenu le Centre des Recherches du Courrier (CRC) et installé à Libourne en 1967. Des cartes mises sous enveloppes sont réalisées chaque année, expédiées de Libourne par un très officiel « secrétariat du Père Noël » mis en service de la mi-novembre au 31 décembre. Aujourd’hui, c’est plus d’un million de lettres du monde entier que reçoit ce secrétariat.

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Carte du Père Noël
1962, verso (Inv. D9455, carton 52)
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Carte du Père Noël
1962, recto (Inv. D945, carton 52)
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Enveloppe du Père Noël
1986 (Inv. D9581, carton 52)

Bibliographie :

L. Albaret, « Le Centre de Recherches du Courrier de Libourne (1967-1994) et le nouveau Service Client Courrier », Les Feuilles Marcophiles, 294 (1998), p. 19-20.

L. Albaret, « La mise en place du service des rebuts aux XVIIIe et XIXe siècles par l’Administration des Postes », Les Feuilles Marcophiles, 300 (2000), p. 61-66.

L.Albaret, « Le courrier du père Noël. Quand La Poste écrit aux enfants », La Philatélie Française, 604 (janvier 2006), p. 13-15.

M. Hella, « Petite histoire des courriers égarés », L’Écho de la Timbrologie, 1791 (décembre 2005), p. 66-69.

R. Wallart, Les lettres classées « inconnu » sous l’Ancien Régime et la Révolution (1748-1800), Les Feuilles Marcophiles, supplément 288, 1997.

K. Wolter, « Rebuts et retour en France », Les Feuilles Marcophiles, 212, p. 10-15.

Laurent Albaret

Pour la Société des Amis du Musée de La Poste (SAMP)