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La restauration

Les restaurations des objets qui seront présentés à la réouverture du Musée de La Poste vont bon train.

1 Le pigeon voyageur du siège de Paris

Même si les équipes de conservation successives du Musée de La Poste, depuis plus d’un demi-siècle qu’il figure dans les collections, se sont efforcées de maintenir le volatile dans le meilleur état possible, une cure de rajeunissement s’imposait.

Compte tenu de la tâche délicate à accomplir, il importait de faire appel aux services d’un professionnel expérimenté. La restauration du pigeon, qui à deux reprises en novembre 1870 est vraisemblablement parvenu à rentrer dans Paris les ailes chargées de « pigeongrammes » – des microfilms reproduisant des milliers de correspondances -, a été confiée à Yveline Huguet.

« En raison de l’âge de l’animal, des périodes de stockage et d’exposition, des manipulations, il s’est avéré dès les premières constatations que plusieurs soins et réparations étaient à envisager, raconte la restauratrice, le plumage avait souffert, une partie du cou était déchiré et les pattes ainsi que les doigts comportaient d’importantes lésions. »

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Le constat posé, il a ensuite fallu déterminer le niveau d’intervention. Retrouver l’authenticité originelle, reconstituer totalement ou partiellement les parties abîmées tout en sauvegardant l’aspect actuel, simplement préserver l’existant… ?

« Lorsqu’il s’agit de travailler sur un spécimen historique comme celui-ci, avec une forte valeur patrimoniale, être trop interventionniste comporte des risques, celui de dénaturer, d’enlever une part de la personnalité de l’animal, de sa charge émotionnelle, explique Yveline, c’est pourquoi, avec la conservation du musée, nous avons opté pour une restauration réparatrice et un embellissement qui régénère sans masquer toutes les marques du temps. »

Yveline a ainsi d’abord nettoyé le pigeon. En préférant des opérations « à sec » plutôt que des traitements à base de solvants, qui auraient risqué d’endommager les plumes.

Et elle s’est naturellement attachée à préserver les différents cachets postaux apposés sur l’animal à l’occasion des deux acheminements dont il avait eu la charge : celui de son propriétaire, Edouard Cassiers, colombophile qui a fourni à l’époque de nombreux pigeons, timbre à date du 23 novembre 1870, numéro de série des dépêches transportées…

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Yveline Huguet s’est attachée à préserver les différents cachets apposés sur l’animal : ici, celui de son propriétaire, Edouard Cassiers.

« J’ai remplacé certaines plumes qui avaient disparu par d’autres prélevées ailleurs sur le corps du pigeon, j’ai aussi colmaté les déchirures, explique Yveline, il a également fallu refixer un doigt qui s’était détaché. » Restait à traiter les couleurs. Celles des pattes, du bec, du tour des yeux. « Pour ce type de besoins, on privilégie plutôt l’aquarelle, indique la restauratrice, et sur le choix des teintes, on se réfère aux modèles que l’on peut trouver notamment sur internet. »

Pour toutes ces opérations, Yveline utilise une multitude d’outils : nébuliseurs, petites éponges pour agripper les poussières, pinceaux de toutes sortes, peignes, brosses… Pas moins de trois journées de travail auront ainsi été nécessaires pour redonner au héros du siège de Paris un peu de sa splendeur. A l’issue desquelles Yveline a un remis un rapport au musée précisant chacune des étapes de son intervention. Un document que le pigeon n’a cette fois pas pris sous ses ailes…

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Indications figurant sous le socle de présentation du pigeon.
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2 12 objets métalliques issus des collections

Dans le cadre de la préparation des futures expositions permanentes du musée, 12 objets anciens à dominante métallique ont été confiés en fin d’année dernière à une restauratrice spécialisée dans le métal, Mme Marie-Anne LOEPER-ATTIA.

Il s’agissait de deux balances de guichet, deux distributeurs de timbres-poste, un distributeur de jetons de téléphone, une boîte aux lettres bavaroise et six plaques signalétiques en tôle émaillée, enseignes de bureaux de poste, de postes rurales ou encore d’une caisse nationale d’épargne.

Très empoussiérées et corrodées, les plaques émaillées ont été nettoyées et la corrosion a été traitée à l’avers comme au revers ; enfin, une protection de surface a été appliquée. Les distributeurs de timbres ou de jetons et la boîte aux lettres, eux aussi, ont fait l’objet d’un traitement destiné à les nettoyer et à stabiliser la corrosion. En outre, leur revêtement peint était abîmé ; sur certaines zones où il était particulièrement visible que la peinture avait disparu, une peinture répondant aux normes de conservation a été appliquée pour atténuer l’aspect dégradé de l’objet.

Les restaurateurs sont tenus d’utiliser des produits réversibles qui peuvent être enlevés quand on le souhaite, ici, en l’occurrence, une peinture acrylique « Lascaux » soluble dans l’eau.

L’une des deux balances, une balance Dayton, était recouverte d’une peinture rouge qui s’écaillait et il a donc fallu consolider ce revêtement, puis appliquer une couche de cire microcristalline de protection.

Mme LOEPER-ATTIA a par ailleurs laissé des consignes de manipulation et de dépoussiérage qui seront très utiles à l’avenir.

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Restauration
Enseigne de Jouy sur Morin
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Restauration
Enseigne de Jouy sur Morin
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Boîte aux lettres bavaroise

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Distributeur de jetons de téléphone
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Distributeur de timbres
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Distributeur de timbres
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Balance Dayton

3 Les modèles réduits

Maquettes de malles-poste, wagons et avions postaux

Le Musée de La Poste a confié à Emilie Rouquié et Dalila Druesnes la restauration d’une vingtaine de ses modèles réduits, malles-poste, wagons et avions postaux.

C’est parfois avec des yeux d’enfants que les visiteurs du Musée de La Poste observent les modèles réduits exposés dans ses collections.

Non sans raison, les maquettes de malles-poste, wagons et avions postaux, avec la finesse de leur aménagement intérieur, leur décoration, leur multitude d’accessoires délicats, renvoient aux jeux du passé, à la maison de poupée, aux projections aventureuses…

Emilie Rouquié et Dalila Druesnes, les deux restauratrices à qui le musée a confié une vingtaine de ces modèles réduits, ont elles posé un autre regard sur ces objets d’abord porteurs d’histoire.

« La plupart des pièces étaient très empoussiérées, et certaines, malgré les précautions prises, avaient fini par s’encrasser, indique Emilie, spécialisée dans la restauration des objets en métal, on avait aussi constaté des déformations et des écaillages de peinture, des éléments fracturés, voire manquants. »

Le diagnostic posé, restait à déterminer les solutions. Pas toujours les mêmes selon l’objet, son état, son « âge » (certaines reproductions datent du XIXe siècle, d’autres sont plus récentes), l‘ampleur des opérations nécessaires.

« Il faut penser à différentes possibilités, parfois essayer, puis selon le résultat obtenu prendre une autre décision, poursuit Emilie, en particulier sur des objets composites tels que ces maquettes, les problématiques sont multiples. »

Si beaucoup de ces modèles réduits sont en effet constitués d’une base métallique, bien d’autres matériaux – souvent fidèles à ceux des véhicules d’origine – ont permis leur réalisation : bois pour le mobilier, plastique transparent pour les vitres, parchemin pour les sacs postaux, tissus pour les rideaux…

Wagon postal fabriqué en1880 ou « type 1926 », avion Junker construit en 1952… , à eux et à tous les autres Emilie a rendu – via nettoyage, remise en forme, reconstitution… – leur apparence originelle.

t Dalila, la restauratrice « peinture », a restitué leurs couleurs.

« La difficulté, c’est toujours de trouver la bonne teinte, d’obtenir le même rendu, d’appréhender les modifications liées au séchage, explique-t-elle, dans ce domaine, la chimie intervient pour beaucoup. »

Les maquettes ont aujourd’hui réintégré leurs réserves. Pour certaines d’entre elles, en attendant d’être présentées à la réouverture du musée au sein des collections.

Texte écrit par Rodolphe Pays

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Emilie Rouquié et Dalila Druesnes
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4 La nacelle du ballon « Le Céleste »

Le ballon postal Le Céleste a franchi les lignes prussiennes le 30 septembre 1870. Sa nacelle, qui appartient aux collections du Musée de La Poste, a été restaurée.

Pour traiter cette pièce exceptionnelle, le musée a fait appel à une spécialiste en restauration d’objets réalisés à partir de matières organiques (la nacelle est essentiellement constituée d’osier auquel s’ajoutent un peu de bois et des cordages).

« Quand je l’ai vue la première fois, j’ai pensé qu’elle n’était pas en si mauvais état, et surtout constaté qu’elle n’était pas attaquée par des insectes, se souvient Ingrid Léautey, elle était cependant très affaissée, avait vrillé, ça demandait quand même pas mal de travail, c’était un beau projet. »

L’expérience aidant – Ingrid avait déjà œuvré sur des nacelles comparables appartenant aux musées de l’Air et de la Marine -, les différentes opérations à effectuer ont vite été identifiées.

Première d’entre elles, le soclage, destiné à « redresser » la nacelle et lui restituer son volume. Une tâche qu’Ingrid a confié à Pier Esquilat, formé à l’école Boulle.

« On a créé une armature de tubes fins de métal pour retrouver les dimensions de l’objet, indique Pier, on a choisi cette option pour sa discrétion, l’aluminium aurait été trop volumineux, et aussi parce qu’elle n’entraîne pas de confusion avec l’objet lui-même, comme aurait pu le faire une structure en bois. »

Ingrid a ensuite repris la main. Avec d’abord un nettoyage au solvant. « L’idée, ce n’était pas de retrouver l’état originel, précise-t-elle, c’était de conserver de la patine, de l’authenticité. » Au-delà de l’esthétique, des soins curatifs se sont aussi révélés nécessaires.

Comme de combler des manques dans les parois de la nacelle. « Remettre de l’osier risquait de créer des tensions préjudiciables, explique Ingrid, j’ai préféré travailler à l’aide de papier teinté, à l’œil ça ne se voit pas ».

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5 « L’automate 1900 »

Comme à la Belle Époque

« L’automate 1900 » est une des pièces les plus emblématiques des collections du Musée de La Poste…

Ce distributeur de timbres et de cartes vient d’être restauré par un des meilleurs spécialistes de ce type de mécanismes.

« C’est un objet très technique, très innovant, il y a des dispositifs réellement subtils, des systèmes que je ne connaissais pas, incroyablement ingénieux, c’est vraiment une pièce superbe. »

Klaus Lorenz n’en finit pas de s’émerveiller en recensant les différents mécanismes de l’automate de distribution de timbres et de cartes-lettres (les « ancêtres » des cartes postales) dont le Musée de La Poste lui a confié la restauration.

Et pourtant, des automates il en a vu beaucoup d’autres, depuis les dizaines d’années que des musées et des particuliers de France et d’ailleurs font appel à ses services.

Celui dont il s’est occupé est il est vrai un des joyaux des collections du musée. Réalisé par des ingénieurs « maison » pour l’exposition universelle de 1900 à Paris, il a été en service au début du XXe siècle à la mythique poste du Louvre, au cœur de Paris (la restauration entreprise a confirmé cette utilisation opérationnelle).

Un distributeur automatique, équipé d’un pèse-lettre, d’un humecteur de timbre, qui rejette la monnaie non autorisée… : la prouesse technologique devait être appréciée par les « usagers » de l’époque.

Longtemps présenté dans les salles d’exposition du musée, ce bel exemple de mobilier urbain des PTT d’alors avait forcément souffert des outrages du temps. Une restauration s’imposait.

« J’ai d’abord fait un diagnostic, l’appareil était encrassé, il ne fonctionnait plus, explique Klaus Lorenz, et les interventions précédentes avaient elles-aussi vieilli. »

En l’absence de toute documentation sur l’automate, le restaurateur a travaillé selon son habitude, en technicien expérimenté.

« J’ai observé, j’ai démonté, j’ai vu quels matériaux avaient été utilisés, beaucoup d’alliages cuivreux, de l’aluminium, de l’acier aussi, détaille-t-il, dans ce type de situation, j’essaie toujours de comprendre comment ça a été assemblé, conçu, quelle dégradation a pu s’installer. »

C’est là que Klaus Lorenz a découvert l’habileté et l’ingéniosité des concepteurs de la machine.

« Le système de soufflerie qui permet de délivrer les timbres et les cartes est remarquable, comme celui du pèse-lettre, qui grâce à des anneaux superposés indique le tarif d’affranchissement en fonction du poids de la correspondance, apprécie le restaurateur, idem pour le débrayage des tambours de distribution des timbres et cartes et le levier automatique qui bloque l’introduction de monnaie lorsque l’appareil est en rupture de stock. »

Plutôt que de réactiver les fonctionnalités de l’automate (qui n’a plus vocation à être utilisé), c’est une remise en état de toutes ses composantes – pesée, distribution, monnayeur, socle… – qui a été demandée à Klaus Lorenz.

Beaucoup d’interventions ont ainsi été nécessaires : nettoyage, réparation et fabrication de pièces, réglages, comblement de fissures…

« Chaque élément a été traité et pour finir lubrifié, conclut Klaus Lorenz, pour cette dernière opération, j’ai choisi un produit visqueux plutôt que fluide, l’appareil n’étant pas destiné à fonctionner, la protection sera ainsi supérieure. »

Avec le même intérêt que les usagers de la Belle Epoque, les visiteurs pourront à nouveau admirer « L’automate 1900 » à la réouverture du musée.

Texte écrit par Rodolphe Pays

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Le Musée de La Poste a confié à Klaus Lorenz le soin de restaurer son distributeur de timbres et de cartes-lettres, « l’automate 1900 ».
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