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La Maison des métallos : une histoire industrielle, politique, syndicale, culturelle

La Maison des métallos, un lieu culturel parisien chargé d’histoire industrielle, syndicale, politique, culturelle…

Les équipes du Musée de La Poste s’y sont arrêtées pour une journée « Qualité ». L’occasion d’en savoir plus sur le lieu qui les accueillait.

Ce pourrait être le logo d’un opérateur postal européen. Il est en effet en beaucoup de points semblable à ceux qui accompagnent traditionnellement les documents administratifs et de communication de postes telles que celles d’Allemagne, de Belgique ou encore du Danemark.

Des visuels qui représentent les fameux cors de postillon, symboles des postes aux lettres et aux chevaux qui ont acheminé le courrier depuis la fin du Moyen-Âge jusqu’au milieu du XIXe siècle…

Mais ce logo, c’est celui de PGM Couesnon, une fabrique d’instruments de musique, notamment des cuivres. Aujourd’hui localisée dans l’Aisne (c’est aussi dans ce département qu‘elle a été fondée), l’entreprise a, près d’un siècle durant, réalisé une grande partie de sa production au cœur de Paris.

Créée en 1827 par Auguste Guichard, la société s’est en effet installée en 1881 au 94 rue d’Angoulême (rebaptisée Jean-Pierre Timbaud en décembre 1944), dans le 11e arrondissement de la capitale. C’est l’année suivante qu’elle prendra le nom de Couesnon, patronyme d’un de ses dirigeants d’alors. L’entreprise est prospère – elle a même été un temps la plus importante société mondiale de fabrication d’instruments de musique -, particulièrement grâce au marché florissant que représentent les musiciens de jazz américains.

Jusqu’au krach boursier de 1929. L’activité de Couesnon se réduit alors au point que l’entreprise doit céder certains de ses actifs immobiliers. Dont le bâtiment de la rue d’Angoulême, vendu en 1936 à l’Union Fraternelle de la Métallurgie de la Confédération Générale du Travail (UFM-CGT), dont les effectifs – et en conséquence les moyens -, à la faveur de la mobilisation liée au Front populaire, étaient passés de 10 000 à 250 000 adhérents. La « Maison des métallos » était née.

Elle deviendra un haut lieu du syndicalisme, le siège d’actions politiques, comme l’organisation de l’aide à l’Espagne républicaine, l’entrée dans la Résistance, la lute contre les conflits en Algérie, au Vietnam… On y dispensera aussi des cours d’accouchement sans douleurs…

Mais à l’instar de Couesnon quelques dizaines d’années plus tôt, l’UFM-CGT connaît dans les années 1990 des difficultés financières. Et en 1997, il faut se résoudre à vendre. En raison de la mobilisation des habitants du quartier, on évite alors les solutions rasantes puis bétonnantes des promoteurs, et c’est la mairie de Paris qui au final se rend acquéreur du lieu.

Après des travaux de restructuration réalisés sous la houlette de l’architecte Vincent Broussy, la Maison des métallos revit alors sous forme d’établissement public culturel.

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La Maison des métallos propose jusqu’au 28 février une exposition sur le clown « Chocolat ».

Une salle de spectacle est créée, des expos régulièrement proposées, des espaces de réunions sont mis à disposition (les équipes du Musée de La Poste viennent d’y tenir une Journée « Qualité »), des studios audio et vidéo aussi, un café est ouvert…

Le tout dans une démarche de progrès social et d’ouverture culturelle fidèle aux idéaux des syndicalistes ayant auparavant occupé l’endroit…

Et Couesnon ? Ginette Planson, une ouvrière de la société, a racheté en 1979 une partie des machines d’une unité de production située dans l’Aisne. Et avec des proches, vingt ans plus tard, l’entreprise, alors en liquidation judiciaire.

Aujourd’hui Couesnon vend toujours des instruments de la famille des cuivres : trompette, clairon, trompe de chasse, corne d’appel… Mais pas encore de cor de postillon.

Rodolphe Pays

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