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La Fondation La Poste soutient un spectacle coécrit et joué par des détenus du centre pénitentiaire de Meaux

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Joué devant près de 500 personnes le 3 mai à Bobigny à la Maison de la Culture de Seine-Saint-Denis, le spectacle Douze Cordes a été repris quelques jours après au centre pénitentiaire de Meaux-Chauconin (Seine-et-Marne) où les huit co-auteurs de cet opéra chorégraphique sont détenus.

L’opéra chorégraphique Douze Cordes, joué le 3 mai dernier à la Maison de la Culture de Seine-Saint-Denis, a connu un vrai succès.

Un projet soutenu par la Fondation La Poste qui a permis à de jeunes hommes détenus de canaliser leur énergie et de trouver les mots pour se raconter…

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Douze Cordes, un titre qui fait référence aux 12 cordes qui entourent un ring de boxe et qui symbolise aussi les qualités – identifiées et émergentes – des acteurs et co-auteurs du spectacle

La représentation donnée dans la grande salle de la Maison de la Culture de Seine-Saint-Denis, à Bobigny, s’achève.

C’est un succès : applaudissements nourris des près de 500 personnes présentes, bravos qui fusent, visages joyeux…

Beaucoup d’émotion aussi, quasi unanime, visible chez les jeunes, les moins jeunes, les habitués ou non du lieu…

Sourires jusque dans les yeux, Haïs, Ouss, Soso, Nanass, Yakoub et Bilel saluent le public venu assister à « leur » spectacle.

Aux côtés de ces jeunes hommes artistes d’un soir, des musiciens de l’orchestre de chambre de Paris, des DJ, percussionniste, danseur…

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Sur scène, pour le salut, aux côtés des acteurs, danseurs et musiciens, l’accolade d’Hervé Sika, le chorégraphe, et de Mohamed Rouabhi, le responsable des ateliers « Paroles et écrits ».

Les projecteurs éteints, les professionnels retourneront chez eux.

Et Haïs et ses camarades de scène rejoindront le centre pénitentiaire de Meaux-Chauconin (Seine-et-Marne), où ils sont détenus pour des faits de violence graves.

Simple respiration pour ces garçons au parcours « cabossé », selon le terme de Franck Della Valle, violoniste et arrangeur de la partie musicale de ce spectacle intitulé Douze Cordes, ou possible nouveau départ vers une vie différente, contrôlée, éclairée… ? Trop tôt pour le dire.

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Le projet Douze Cordes est né en octobre dernier à l’initiative d’Irène Muscari, chargée par le Service pénitentiaire d’insertion et de probation (SPIP) de Seine-et-Marne de la coordination culturelle de l’établissement carcéral de Meaux. (photo Guénaèle Calant)

Le projet Douze Cordes est né en octobre dernier à l’initiative d’Irène Muscari, chargée par le Service pénitentiaire d’insertion et de probation (SPIP) de Seine-et-Marne de la coordination culturelle de l’établissement carcéral de Meaux.

« L’idée, c’était de travailler sur la thématique de la violence, et de bâtir une proposition artistique qui s’appuie sur des substituts à cette violence, qui l’absorbe, contribue à la raisonner, qui ouvre aussi sur d’autres horizons, explique-t-elle, c’est pourquoi on a décidé d’associer la boxe, sport qui canalise l’énergie, et les mots, moyens de s’affranchir de la frustration qu’engendre la mauvaise maîtrise de l’écrit, de l’expression. »

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Ateliers d’écriture, cours de boxe, d’expression corporelle… : deux journées de travail rigoureux par semaine pendant six mois ont permis de monter le spectacle.

Deux défis à relever : aucun de ces garçons n’avait pratiqué la boxe, et tous, à divers degrés, connaissaient de sérieuses difficultés dans l’exercice de la lecture et de l’écriture.

« Cette représentation, sa réussite, est bien sûr importante, très valorisante, c’est l’aboutissement d’un travail de longue haleine qui a demandé beaucoup d’efforts, d’engagement, poursuit Irène Muscari, mais c’est d’abord ce travail, tout le parcours emprunté pour y parvenir qui compte avant tout. »

Autrement dit, le fond plus encore que la forme. Et de fond il n’en n’a pas manqué pour parvenir à monter le projet.

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Mohamed Rouabhi, auteur dramatique, comédien et metteur en scène, a animé pour les détenus des ateliers d’écriture d’où ont pu surgir des sentiments, des visions du monde enfouis, oubliés…

Il a d’abord fallu instaurer de la confiance. Faire poindre la parole, puis l’écrit. Susciter la réflexion, le regard posé sur soi, sur les autres, sur tous les autres.

S’attacher aussi à vaincre les appréhensions, les tabous, la crainte de pénétrer dans des univers méconnus…

C’est Mohamed Rouabhi, auteur dramatique, metteur en scène et comédien, qui a œuvré pour faciliter cette réappropriation, cette libération de la parole orale et écrite.

A travers des ateliers d’écriture réguliers d’où ont pu surgir des sentiments, des visions du monde enfouis, oubliés… D’où comme une réassurance, une nouvelle estime de soi ont également pu émerger.

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Parallèlement aux ateliers d’écriture, des cours de boxe ont également été dispensés par l’entraîneur Stéphane Pardin.

« Le travail de Mohamed Rouabhi était une base de départ indispensable au projet, séance après séance il a fait en sorte que le bouillonnement intérieur de chacun des participants soit restitué, ordonné, hiérarchisé, indique Irène Muscari, beaucoup de lacunes ont pu être comblées, et le résultat est plus que satisfaisant, écrit par eux le slam de fin de spectacle est par exemple tout simplement magnifique. »

Parallèlement, des cours de boxe ont été dispensés. Stéphane Pardin, un entraîneur expérimenté, les a pris en charge. Là encore, l’apprentissage s’est révélé progressivement fructueux, complémentaire des autres disciplines – au propre et figuré – abordées.

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Après les ateliers d’écriture et les cours de boxe, c’est le chorégraphe et danseur Hervé Sika qui a pris le relais. (photo B. Facchi)

Ces premières étapes franchies, la phase plus directement artistique pouvait alors s’amorcer.

Et là, c’est le chorégraphe et danseur Hervé Sika qui a pris le relais.

« L’intention a été de créer un opéra hip-hop chorégraphique autour des mots de ces jeunes et de la boxe, précise-t-il, et d’associer ces garçons à des professionnels, et ensemble, avec la même exigence, la même rigueur de gagner ce pari. »

Petit à petit, à raison de deux journées de réflexion, de travail et de répétition par semaine – rémunérées comme pour les intermittents du spectacle -, le projet a pris forme. Les mots sont venus, les idées, les propositions.

Sous la direction de Franck Della Valle, des musiciens de l’orchestre de chambre de Paris s’y sont greffés, et puis une chanteuse lyrique, un DJ, un danseur…

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« Il fallait créer un groupe qui aille dans le même sens, bien sûr avec les qualités des uns et des autres, les potentiels, mais aussi les défauts, les peurs. » Hervé Sika

« Il fallait agréger tout ça, créer un groupe qui aille dans le même sens, bien sûr avec les qualités des uns et des autres, les potentiels, mais aussi les défauts, les peurs, conclut Hervé Sika, la prestation de vendredi montre que la troupe ainsi formée a répondu à l’attente, a proposé une vraie prestation, forte, pleine de sens et, je l’espère pour les détenus, porteuse d’avenir. »

Les codétenus des jeunes acteurs ont également pu voir le spectacle. Douze Cordes a en effet été donné au centre pénitentiaire de Meaux-Chauconin quelques jours après sa représentation à Bobigny.

Cette fois joué par les huit détenus qui l’avaient préparé (deux d’entre eux – Bangali et Kamel – n’avaient pas obtenu de permission de sortie pour la première séance).

« Dans les mois qui viennent, le grand public pourra également apprécier le travail ainsi réalisé, indique Irène Muscari, une captation de la soirée de Bobigny a été faite et un documentaire sur le projet du réalisateur Emmanuel Courcol est en cours d’élaboration.

L’émotion déjà suscitée lors des deux récentes représentations ne devrait ainsi pas retomber de sitôt. On peut aussi espérer que le spectacle puisse être à nouveau joué sur scène.

Et peut-être surtout que ces comédiens en herbe consacrent désormais toute leur énergie et les talents qu’ils ont démontrés à de futurs beaux projets personnels… pourquoi pas également soutenus par la Fondation La Poste.

Rodolphe Pays

Tout le chemin parcouru

« Deux heures avant le lever de rideau, Hervé Sika, le metteur en scène et chorégraphe, a souhaité apporter des modifications dans le déroulement du spectacle.

Surpris, un des acteurs a réagi, s’est interrogé sur ce changement, a voulu comprendre sa motivation.

Cette implication, cet intérêt, montrent tout le chemin parcouru par ces jeunes détenus. Si le jour du premier atelier, on m’avait dit qu’ils se seraient autant investis, je ne sais pas si j’y aurais cru. » Irène Muscari.

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