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La Commune de Paris (18 mars – 20 mai 1871)

Les Parisiens, abandonnés par le gouvernement de la Défense Nationale qui a capitulé contre les Prussiens et s’est réfugié à Bordeaux, se révoltent contre leurs dirigeants. A Montmartre, le 18 mars 1871, quand le chef du pouvoir exécutif Adolphe Thiers, décide de faire enlever des canons érigés par le peuple pour se défendre contre l’ennemi, l’insurrection éclate. Les généraux chargés de s’emparer des canons, Lecomte et Thomas, sont fait prisonniers et battus à mort par la foule. Thiers fait replier sur Versailles l’armée et les diverses administrations.

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Incendie de l’église Saint-Eustache, mai 1871

Les Gardes nationaux se rallient au peuple et les insurgés se constituent en Comité Central, Comité qui s’installe à l’Hôtel de Ville le 28 mars sous le nom de la Commune de Paris. Celle-ci s’érige en gouvernement et nomme Albert Theisz, Directeur général des Postes. Germain Rampont-Lechin ne lui céde la place que le 30 mars, emmenant avec lui son personnel, le matériel et les timbres-poste à Versailles, qui devient ainsi le siège de l’Administration centrale des Postes. Paris se retrouve isolé. Thiers décide de reprendre la capitale. Une puissante armée (130 000 hommes) se reconstitue rapidement à Versailles avec un grand nombre de prisonniers libérés par les Allemands. Sous la conduite du général Mac-Mahon, duc de Magenta, l’armée de Versailles rentre dans Paris le 21 mai et au cours de la Semaine Sanglante écrase l’insurrection. Bilan sinistre : 17 000 morts et 40 000 prisonniers pour les Parisiens, 1 000 tués pour les Versaillais et un nombre considérable de blessés.

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Le 51e de ligne
sur la place de l’église de Belleville, le 28 mai 1871 (Ancienne collection Boussac)

Le fonctionnement du service postal subit des instabilités et des difficultés par suite de changement de direction, de la destruction du matériel et aussi du blocus imposé par le gouvernement de Versailles à partir du 31 mars 1871. Lettres, mandats, imprimés ne doivent plus sortir ou entrer dans la capitale insurgée et les sacs de dépêches sont saisis dès leur sortie. Le service de la Poste reste tributaire des événements politiques et des opérations militaires. Trois périodes distinctes se succèdent :

–  La gestion Rampont-Léchin du 18 au 30 mars pendant laquelle le fonctionnement des bureaux reste normal et les relations postales avec l’extérieur assurées.
–  La gestion de Theisz du 31 mars au 23 mai pendant laquelle la capitale subit le blocus postal imposé par Versailles.
–  Dernière période du 24 mai, jour de l’occupation par l’armée de Versailles de l’Hôtel des Postes au 29 mai, date de reprise du service pendant laquelle les combats de rues rendent l’activité postale très réduite dans Paris.

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Albert Theisz
Directeur général des Postes pendant la Commune de Paris

1 - Affranchissement en numéraire. Lettre de Paris pour Paris, 11 avril 1871.

Durant la Commune, les timbres-poste et le matériel postal manquent à Paris. On utilise alors les timbres-poste de différentes valeurs retrouvés par les postiers restés à Paris ou rapportés à Paris par des voyageurs. Dès le 1er avril 1871, l’administration d’Albert Theisz conseille cependant à ses agents, en cas de manque de figurine, d’autoriser l’affranchissement en numéraire et de revêtir la lettre de la griffe « PP » (Port Payé).

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L’affranchissement en numéraire
(Ancienne Collection Boussac, Inv. 22734/194)

2 - Lettres acheminées par agences privées

La Commune autorise une brèche dans le monopole postal avec l’entrée de lettres dans Paris par des agences privées. Une taxe obligatoire de 10 c est perçue par un timbre qui est oblitéré soit par l’agence, si elle en assure la distribution, soit de Paris, si la lettre est confiée à la Poste. Cette lettre de Doulevant, département de la Haute-Marne (3 mai 1871) pour Paris (6 mai 1871) illustre le dernier cas de figure.

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Lettre acheminée par l’agence Bruner
3 mai 1871 (Ancienne Collection Boussac, Inv. 22734/212)

Le public faisait confiance aux agences qui portaient hors Paris les lettres qui leur étaient remises de façon sûre, tandis que les porteurs des lettres de la Commune, considérés comme agents de l’insurrection, étaient traqués et arrêtés dès leur sortie de Paris. Ces agences éditaient enveloppes, prospectus et vignettes publicitaires. L’office Moreau et Osmont réussi même à obtenir l’autorisation de déposer dans les bureaux de poste et chez les marchands de tabac des enveloppes portant son adresse. Sur les lettres retirées de ces enveloppes et déposées à la poste de Vincennes, l’agence Moreau collait une petite étiquette indiquant que les lettres devaient lui être adressées. C’est ainsi qu’était justifiée l’inscription de l’enveloppe réponse.

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Etiquette publicitaire de l’agence Moreau et Osmont
(Ancienne collection Boussac, Inv.22734/196)
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Lettre adressée à l’agence Moreau et Osmont
(Ancienne collection Boussac, Inv. 22734/195)

3 - Rupture des relations postales

Dès les premiers jours de la Commune, Adolphe Thiers réunit à Versailles toutes les administrations centrales de la France. L’Administration des Postes est installée dans la galerie des Batailles au château de Versailles. A partir du 31 mars 1871, le service postal est interrompu. Albert Theisz et le personnel rallié à la cause de la Commune, font rouvrir, le 1er avril 1871, les bureaux de quartiers et l’activité postale reprend dans Paris. Cependant, des difficultés importantes d’acheminement des lettres se présentent. Nombreux sont les ordres de service émis en dehors de Paris interdisant la distribution du courrier provenant de Paris et ordonnant sa saisie. Voici deux ordres de service de la direction des Postes du Finistère. Le premier est un ordre de saisie, pour réexpédition sur Versailles des correspondances sortant de Paris. Le second ordonne d’intercepter les agents, les ballons, les aéronautes porteurs de dépêches de la Commune.

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Ordre de service de la direction des Postes
Ordre de service du Finistère. Ordre de saisie. (Ancienne Collection Boussac, Inv. 22734/305).
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Ordre d’intercepter les agents les ballons, les aéronautes porteurs de dépêches de la Commune
(Ancienne collection Boussac, Inv.22734/236).

4 - Premier jour de l’insurrection. Lettre de Paris à Montpellier, 18 mars 1871.

Samedi 18 mars 1871. Premier jour de l’insurrection dans Paris. Le service postal ne s’interrompt pas malgré les événements. Cependant les timbres-poste manquent. On utilise alors les timbres de différentes valeurs trouvés à la Monnaie de Paris : émissions de l’Empire à l’effigie laurée de Napoléon III, émissions dites du Siège de Paris à l’image de la Cérès ou encore les émissions de Bordeaux (émissions du gouvernement provisoire situé à Bordeaux pendant le Siège de Paris, timbres non dentelés et lithographiés), timbres non vendus dans les bureaux de poste parisiens mais rapportés à Paris par des voyageurs des départements non envahis. Cette lettre en est un exemple. Elle est affranchie d’une paire de timbres-poste à 10 c de l’émission de Bordeaux.

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Lettre affranchie d’une paire de timbres-poste à 10 c de l’émission de Bordeaux
(Ancienne collection Boussac, Inv.22734/150)