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Kashink : « On n’a qu’une vie, faisons ce que l’on aime plus que tout »

Après celles de Katre, SP 38 et Lenz, c’est une œuvre de Kashink qui est visible depuis quelques semaines sur la palissade du chantier de rénovation du Musée de La Poste.

Une fresque belle, profonde, engagée. A l’image de sa créatrice, qui évoque son travail, sa démarche, ses projets…

Le contact

« Je n’avais jamais encore travaillé avec La Poste, je savais juste que le musée de La Poste avait organisé il y a quelques années une belle expo sur le street art, on m’en avait dit du bien, mais je n’avais pas eu l’occasion de la voir à l’époque.

Quand on m’a demandé si je voulais participer au projet de fresques successives réalisées par différents artistes sur la palissade du chantier de rénovation du musée, j’ai tout de suite été intéressée par la démarche.

Créer une œuvre éphémère, visible 2 ou 3 mois, c’est dans la logique du street art, ça demeure pour moi une conception à laquelle je continue d’adhérer, même si aujourd’hui je suis aussi présente dans des galeries et dans le muralisme.

Et puis, j’avais carte blanche, pas de thème imposé, ni même suggéré…

La fresque

J’ai travaillé comme à mon habitude, spontanément, en réaction à l’environnement du moment et selon l’émotion et l’humeur qu’il génère chez moi. Sans préparation technique préalable, sans croquis.

Quand les gens du musée m’ont contactée, c’était au moment de l’élection de Donald Trump, c’était aussi un an après les attaques au Bataclan et dans Paris, et puis il y avait également des primaires en vue des présidentielles du printemps prochain, la montée des extrêmes…

Un climat pas très optimiste… Je me suis dit, on voit ce qu’il se passe, face à ça qu’est-ce que l’on fait, on se laisse gagner par la sidération, non, on se bouge, on en parle, on envisage des choses, et on ne prend pas peur, on agit…

C’est ce que j’ai voulu exprimer à travers cette fresque, en déroulé… Avec des images et des mots…

La plupart des gens se sentent démunis aujourd’hui par rapport à ce qui arrive. Il faut les encourager à relever la tête… Cette fresque du musée de La Poste, c’est une invitation à le faire.

L’engagement

Je me suis toujours engagée dans mon travail, que ce soit dans la rue ou ailleurs. Mais cet engagement s’est renforcé, depuis Nice, depuis Trump.

Je vais souvent aux États-Unis, encore récemment j’étais à Miami pour un gros événement autour du street art, j’ai constaté qu’aucun street artiste n’avait réagi dans la foulée des élections.

C’est pareil ici, on n’a pas vu grand monde pour le mariage pour tous. Qui prend parti ? Tout le monde ne s’interroge pas, ne se mobilise pas…

Le street art, c’est un moyen de communication, de transmission d’information. L’intérêt que les gens ont pour cet art, c’est souvent une envie de couleur, de beauté, de poésie.

C’est intéressant d’aller au-delà, de mettre en lien, en tant qu’artiste, on se doit de réagir.

Demain

Ma conviction est que l’on entre dans une nouvelle ère, et le changement que l’on vit, c’est une dynamique, le début de quelque chose… Face à ce qui peut légitimement être perçu comme inquiétant, ce n’est pas renoncer qui doit être la réponse, c’est faire face…

Je constate d’ailleurs que beaucoup de gens aujourd’hui, de toutes générations, remettent en question leur situation professionnelle ou personnelle. On n’a qu’une vie, faisons ce que l’on aime plus que tout.

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Photo Charles Devoyer

Les projets

En ce moment, c’est l’hiver, je suis un peu moins dans la rue. Je travaille dans mon atelier.

J’ai mis cependant longtemps à prendre autant de plaisir devant une toile que devant un mur.

Peindre sur de plus petits formats, il m’a fallu aussi du temps pour m’y faire. Maintenant, j’aime vraiment les deux.

Et puis, j’ai d’autres projets. Par exemple développer de nouveaux univers graphiques, avec d’autres supports, de la vidéo, de la photo, des toiles… Diversifier les supports pour multiplier les messages.

Cette démarche de diversification, d’élargissement de mon travail, je l’ai déjà expérimentée à travers des performances réalisées au théâtre avec des comédiens, en habillant de vraies personnes comme les personnages que je peins.

On n’a qu’une vie… »

Propos recueillis par Rodolphe Pays

(Photos Thierry Debonnaire)

Série « Ralentir Street art » : la fresque de Kashink peinte sur la palissade du chantier de rénovation du Musée de La Poste – 34 boulevard de Vaugirard, Paris 15e – est visible jusqu’au 22 janvier.

En savoir plus...

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Photo Romain Tellechea
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