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Grande Guerre : pour Jean-Yves Le Naour, « le courrier, c’est le lien vital qui relie le mobilisé à son foyer »

Historien spécialiste de la Première Guerre mondiale, Jean-Yves Le Naour a rédigé les textes accompagnant les collectors de timbres « Mémoire de Guerres » émis en mai. Il évoque l’importance que revêtait le courrier pour les soldats engagés sur le front entre 1914 et 1918.

« Qu’elle en a charrié de la correspondance, cette guerre de 14-18. En quatre ans de conflit statique, où les combats heureusement sont rares et l’ennui dominant, des milliards de lettres et de cartes postales ont été échangées entre le front et l’arrière, sans compter les 200 000 colis quotidiens envoyés aux poilus pour améliorer l’ordinaire.

Avec la soupe ou le « jus », le courrier rythme la journée dans les tranchées. Parce qu’il est le lien vital qui relie le mobilisé à son foyer – et donc à la vie -, parce qu’il permet de donner un sens aux souffrances subies, ce courrier est attendu avec impatience. Il est aussi important que la soupe, écrit le légionnaire Blaise Cendrars. Plus important encore, considère même Henri Barbusse.

Si la IIIe République a alphabétisé les Français, il en est beaucoup sur le front qui reprennent le crayon pour la première fois depuis l’école, avec une écriture malhabile et une orthographe approximative. Le commandement, lui, regarde la correspondance avec circonspection : il redoute les lettres sentimentales des femmes, censées émousser le courage des hommes, et les récits réalistes de la guerre qui pourraient jeter la panique à l’arrière.

Surtout, l’armée a peur de l’espionnage, et elle cherche aussi à sonder le moral de la troupe en créant un contrôle postal. Celui-ci, au plus fort de son activité, dépouille environ 180 000 lettres par semaine, une goutte d’eau par rapport aux dizaines de millions de lettres qui sont échangées dans la même période.

Mais c’est tout de même assez pour se faire une idée de ce que pensent les poilus. Il n’y avait pourtant pas besoin de lire des milliers de lettres pour se rendre compte que, très largement, les soldats maudissaient la guerre et n’espéraient qu’une seule chose : revenir le plus vite possible dans leurs foyers, embrasser leurs enfants et serrer leurs femmes dans les bras. »

Propos recueillis par Rodolphe Pays

Jean-Yves Le Naour est l’auteur, avec l’illustrateur Chandre, de l’album « François-Ferdinand. La mort vous attend » (Bamboo, juin 2014) et de « 1915 : l’enlisement » (Perrin, octobre 2013).

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